Le président chinois Xi Jinping a reçu vendredi à Pékin le prix Nobel de la paix Mohammad Yunus, chef du gouvernement provisoire du Bangladesh en froid avec son grand voisin indien depuis la chute du gouvernement Hasina, et plaidé pour une coopération approfondie entre les deux pays.
Pour son premier déplacement à l'étranger, M. Yunus, 84 ans, avait choisi la Chine alors que les relations avec l'Inde sont tendues depuis la chute de la Première ministre Sheikh Hasina, au pouvoir depuis 2009 et qui a trouvé refuge à New Delhi après plusieurs semaines d'émeutes.
Le gouvernement indien reste sourd aux demandes d'extradition du Bangladesh qui veut la juger la répression de ces manifestations de l'été 2024 et à ce titre pour crimes contre l'humanité, et les patients bangladais qui allaient en Inde se faire soigner peinent désormais à obtenir un visa.
A Pékin, le président Xi a indiqué à M. Yunus que la Chine "veut travailler avec le Bangladesh pour porter la coopération bilatérale à un nouveau niveau", a rapporté la chaîne d'Etat chinoise CCTV.
"La Chine...insiste pour continuer à être en bons termes avec le Bangladesh comme voisin, ami et partenaire sur la base d'une confiance mutuelle", a ajouté le dirigeant chinois, appelant les deux pays à "se soutenir fermement l'un l'autre" dans leurs intérêts primordiaux.
M. Xi a apporté un soutien au Bangladesh concernant la préservation de sa souveraineté nationale, son indépendance et son intégrité territoriale.
Il a aussi estimé que la Chine et le Bangladesh devraient envisager de coopérer dans la construction d'infrastructures, la préservation des ressources en eau et les secteurs marin, numérique et environnemental. Les deux pays ont en commun d'avoir une puissante industrie textile.
- "Nouvelle ère" -
Le responsable presse de M. Yunus, Shafiqul Alam, a qualifié l'entrevue de "grand succès".
Il a remercié le président Xi pour "sa chaleur et sa cordialité" et pour sa promesse d'encourager les investissements chinois au Bangladesh.
"Nous sommes optimistes sur la perspective de voir cette fois des investissements chinois significatifs", a déclaré M. Alam, et "nous espérons que cela marque le début d'une nouvelle ère des relations sino-bangladaises".
Le gouvernement provisoire de M. Yunus a la lourde tâche de conduire le pays vers des réformes démocratiques en vue de la tenue d'élections mi-2026.
M. Yunus a d'autres réunions de haut niveau prévues à Pékin avant un retour prévu samedi au Bangladesh.
Plusieurs accords d'aide technique et économique, de coopération culturelle et sportive et de collaboration entre les médias devraient être signés, selon l'administration bangladaise.
La question de l'immense population de Rohingyas réfugiés de Birmanie devait aussi être abordée. Le Bangladesh accueille autour de Cox's Bazar (sud) plus d'un million de membres de cette minorité musulmane persécutée depuis la violente répression de 2017 qui vivent dans des conditions précaires.
La Chine joue un rôle de médiateur entre les deux pays pour favoriser le retour de ces réfugiés en Birmanie qui bute cependant sur l'absence de volonté de la junte birmane de les reprendre.
Le secrétaire général de l'ONU Antonio Guterres a fait mi-mars le déplacement à Cox's Bazar. Le Programme alimentaire mondial (PAM) onusien pourrait réduire de moitié dès avril la valeur des rations qu'il distribue chaque jour à ces réfugiés faute de nouveau financement d'urgence.
Le déplacement de Muhammad Yunus à Pékin a été précédé par des passes d'armes entre des membres du gouvernement indien et bangladais.
Alors que les voyages en Inde pour raisons médicales sont quasiment paralysés, le plus haut fonctionnaire du ministère bangladais des Affaires étrangères a annoncé dans la semaine que les discussions à Pékin porteraient sur la création d'un "hôpital de l'amitié" chinois au Bangladesh.
M. Yunus a sollicité une rencontre avec le Premier ministre indien Narendra Modi pour reprendre les relations, mais son gouvernement n'a pas encore reçu de réponse, le ministre indien des Affaires étrangères, S. Jaishankar, déclarant que la demande était "en cours d'examen".
Tous deux devraient participer au même sommet régional à Bangkok le mois prochain.