L'avocat de Duterte estime avoir des arguments "convaincants" devant la CPI

L'avocat principal de Rodrigo Duterte estime avoir des arguments "convaincants" justifiant un non-lieu dans la procédure engagée devant la Cour pénale internationale (CPI) contre l'ancien président philippin, avant même le début d'un procès.

Nicholas Kaufman a affirmé auprès de l'AFP, lors d'un entretien dimanche à La Haye, que la cour n'est pas compétente pour juger cette affaire et que celle-ci devrait donc être close.

Car, a souligné l'avocat, le retrait des Philippines de la CPI est devenu effectif bien avant l'ouverture d'une enquête dans ce pays.

Rodrigo Duterte, 80 ans, est accusé de crimes contre l'humanité pour des meurtres commis pendant sa campagne contre les consommateurs et trafiquants de drogue, qui a fait des dizaines de milliers de morts, selon des ONG de défense des droits humains.

"Pour en revenir à la question de la compétence, il est évident qu'il n'est pas nécessaire d'être doyen d'une faculté de droit pour comprendre que cela constituera un enjeu majeur lors de la phase préliminaire", a indiqué M. Kaufman, avocat britannico-israélien de 56 ans.

"L'argument de compétence est convaincant" et devrait être retenu, a-t-il ajouté.

"Nous espérons convaincre les juges, lors de la phase préliminaire, que la cour ne peut exercer sa compétence sur cette affaire. Il n'y aura pas d'audience de confirmation des charges si les juges nous donnent raison", a-t-il poursuivi.

Une audience de confirmation des charges, au cours de laquelle l'accusation et la défense présentent leurs arguments, est actuellement prévue pour le 23 septembre.

La question de la compétence est essentielle dans cette affaire, les Philippines s'étant retirées de la CPI en 2019.

Cependant, lorsque la cour a émis son mandat d'arrêt contre M. Duterte, elle a noté que les crimes présumés avaient été commis alors que le pays était encore membre de la juridiction.

"Etant donné que les faits allégués ont eu lieu entre le 1er novembre 2011 et le 16 mars 2019 sur le territoire des Philippines, ils relèvent de la compétence de la cour", a déclaré la CPI.

- "Enlèvement" -

Autre cheval de bataille pour la défense, l'arrestation de Rodrigo Duterte le 11 mars et sa remise rapide à la CPI à La Haye.

"Je considère cela comme un enlèvement, ni plus ni moins. C'est une restitution extrajudiciaire. Il n'a bénéficié d'aucune procédure régulière, il a simplement été emmené à La Haye", a déclaré Nicholas Kaufman à l'AFP.

"C'était en totale violation du droit philippin", a-t-il ajouté.

L'arrestation soudaine de l'ancien président est intervenue dans un contexte de détérioration retentissante des relations entre les deux familles les plus puissantes de la politique philippine.

Les familles Duterte et Marcos se sont alliées pour remporter une victoire écrasante aux élections de 2022. Ferdinand Marcos est devenu président et Sara Duterte, fille de Rodrigo, vice-présidente.

Cette dernière est actuellement visée par une procédure de destitution, accusée d'avoir comploté l'assassinat du président Marcos.

Rodrigo Duterte "aurait dû être présenté à un juge avant d'être jeté dans un avion et débarqué à La Haye. Cela n'a pas été le cas. Comme je l'ai déjà dit, il s'agit d'une opération politique", a affirmé M. Kaufman.

"La politique de ce pays s'est retrouvée dans une situation où il fallait absolument le mettre hors jeu. Le gouvernement en place ne voulait plus de lui", a-t-il poursuivi.

- "Facile pour personne" -

M. Duterte "s'adapte à la réalité de la vie carcérale, ce qui n'est facile pour personne", selon M. Kaufman, qui rend visite à son client pratiquement tous les jours au centre de détention de la CPI, dans un quartier balnéaire de La Haye.

Mais l'ancien président est dans "un bon état d'esprit", a indiqué l'avocat, qui a notamment représenté devant la CPI l'ancien chef rebelle congolais Jean-Pierre Bemba et Aïcha Kadhafi, fille de l'ancien dictateur libyen.

Il redoute que la CPI, critiquée de toutes parts et même sous le coup de sanctions américaines, hésite à abandonner une affaire aussi médiatisée.

"Ma seule crainte est que cette cour soit actuellement à court d'affaires et qu'elle soit réticente à laisser une affaire comme celle-ci lui échapper", a-t-il confié.

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