Une même approche "illibérale" du pouvoir, une Hongrie qui s'affiche en refuge pour les juifs en Europe : le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu et son homologue hongrois Viktor Orban ont célébré jeudi à Budapest leur "amitié".
"Ce partenariat n'a pas d'égal. Qu'il grandisse encore et se fortifie. Merci mon ami Viktor", a lancé M. Netanyahu, échangeant avec son hôte de chaleureuses poignées de main et même les pupitres d'où ils se sont adressés à la presse.
Ce pays d'Europe centrale est "un des alliés les plus proches d'Israël dans l'UE", rappelle Bulcsu Hunyadi, du groupe de réflexion Political Capital.
Des liens de longue date qui se sont renforcés depuis le début de la guerre dans la bande de Gaza, déclenchée par l'attaque sans précédent du mouvement islamiste palestinien Hamas en Israël le 7 octobre 2023.
Cette relation "a pris une signification particulière", la Hongrie soutenant Israël sans réserve au nom du droit à se défendre, poursuit l'analyste interrogé par l'AFP.
Des paroles et des actes : Viktor Orban a été le premier à inviter en novembre M. Netanyahu dans son pays, défiant le mandat d'arrêt "honteux" de la Cour pénale internationale (CPI) contre son homologue israélien pour des soupçons de crimes de guerre et contre l'humanité.
Il est allé plus loin jeudi en annonçant son retrait de la juridiction siégeant à La Haye, devenue selon lui "un tribunal politique, comme l'ont montré les décisions sur Israël".
- Proximité idéologique -
La Hongrie a aussi accueilli ces derniers mois plusieurs matches de l'équipe nationale ou de clubs israéliens de football, à l'abri des tensions parfois observées ailleurs en Europe.
Cette coopération sportive est "le signe d'une profonde amitié, d'une profonde alliance qui a évolué", a souligné Benjamin Netanyahu.
Le Premier ministre hongrois aime présenter son pays comme un "havre de paix", vantant à cet égard les mérites de sa politique anti-immigration : chez lui, les manifestations propalestiniennes sont interdites et il dit offrir les terres les "plus sûres d'Europe" pour les juifs.
Derrière ces relations bilatérales sans ombre, "un combat commun pour l'avenir de notre civilisation judéo-chrétienne" face aux "attaques de l'islam radical", résume M. Netanyahu.
Il s'était déjà rendu en Hongrie en 2017, effectuant alors la première visite en 30 ans d'un chef du gouvernement israélien sur le sol hongrois.
MM. Netanyahu et Orban partagent "un style illibéral" et "populiste", dans la même veine que leur allié commun, le président américain Donald Trump, note M. Hunyadi, entre mise au pas des contre-pouvoirs et critique des valeurs des démocraties libérales occidentales.
- Relents d'antisémitisme -
Ce "socle patriotique", selon leurs propres termes, relègue au second plan les accusations d'antisémitisme ayant émaillé les mandats de Viktor Orban.
Ce dernier a ainsi salué par le passé un allié d'Adolf Hitler, l'amiral Miklos Horthy, un "homme d'Etat exceptionnel", qui a pourtant été impliqué dans la déportation de plusieurs centaines de milliers de Hongrois de confession juive vers les camps de la mort.
Son gouvernement a également procédé à des campagnes d'affichage vilipendant le financier juif d'origine hongroise George Soros et son fils Alex, dont le Congrès juif mondial avait dénoncé les relents d'antisémitisme.
Viktor Orban, qui a officiellement décrété une politique de "zéro tolérance" envers l'antisémitisme, plaide toutefois sa bonne foi à l'égard de la communauté juive de Hongrie, la plus importante d'Europe centrale avec 100.000 membres, sur une population totale de 9,6 millions d'habitants.
Il met en avant les investissements consentis pour la rénovation et l'entretien de nombre de synagogues et de cimetières juifs.
Un "traitement exemplaire", a salué M. Netanyahu.
Si cette visite est l'occasion de renforcer les liens, elle vise aussi à asseoir la stature internationale du candidat Orban à l'approche des législatives du printemps 2026.
Menacé comme jamais il ne l'a été en 15 ans de pouvoir par l'émergence d'un nouveau rival, Peter Magyar, le Premier ministre reprend "le contrôle du récit médiatique" pendant cette visite, analyse Zoltan Ranschburg, de l'institut Republikon. Et "détourne l'attention" des problèmes du quotidien.
Les Hongrois retiendront que leur pays a accueilli un nouvel hôte de marque, après déjà le président chinois Xi Jinping au printemps 2024.