La cour d'appel de Paris a condamné Eric Zemmour pour contestation de crime contre l'humanité car elle a estimé que ses propos tenus en 2019 sur le maréchal Pétain reviennent à minorer de manière "outrancière" le nombre de victimes de la Shoah, selon la décision consultée jeudi par l'AFP.
Relaxé à deux reprises, le président du parti d'extrême droite Reconquête a été condamné mercredi à 10.000 euros d'amende à l'issue d'un troisième procès. Il a annoncé un pourvoi en cassation.
L'AFP n'avait pu avoir accès aux motivations de la cour d'appel mercredi.
Alors chroniqueur sur CNews, Eric Zemmour avait été poursuivi pour des propos tenus le 21 octobre 2019, lors d'un débat avec Bernard-Henri Lévy.
"Vous avez osé dire que Pétain avait sauvé les juifs", avait déclaré BHL. "Français, précisez, précisez, français", l'avait interrompu Eric Zemmour. "Ou avait sauvé les juifs français. C'est une monstruosité, c'est du révisionnisme", avait poursuivi M. Lévy. "C'est encore une fois le réel, je suis désolé", lui avait répondu M. Zemmour.
Selon la cour d'appel, le téléspectateur constate qu'Eric Zemmour, "qui a eu la possibilité de s'exprimer malgré la vivacité du débat, a bien précisé +français+, mais qu'après la réplique +ou avait sauvé les juifs français+, il n'a jamais précisé qu'il n'évoquait pas la totalité des juifs français".
"Le téléspectateur comprend (...) qu'Eric Zemmour acquiesce à la phrase énonçant que Philippe Pétain +avait sauvé les juifs français+, ce qui laisse entendre qu'aucun juif de nationalité française n'a ni été déporté ni exterminé sous le régime de Vichy", une "assertion historiquement fausse", poursuit la cour d'appel.
Les magistrats concluent que "les propos poursuivis s'analysent ainsi en une minoration outrancière du nombre des victimes de la Shoah, caractérisant l'élément matériel du délit de contestation de crime contre l'humanité".
Le fait qu'Eric Zemmour ait exprimé des propos plus mesurés antérieurement, affirmant en 2014 que Pétain a sauvé "des juifs français", n'y change rien, selon la cour, car "rien ne permet d'établir que les téléspectateurs de CNews avaient connaissance" des ces propos "plus nuancés".
Selon la cour, Eric Zemmour, "professionnel particulièrement habitué à s'exprimer dans les médias, avait la possibilité de préciser sa pensée s'il le souhaitait", "de sorte qu'il ne pouvait qu'avoir conscience de la différence, essentielle ici, entre l'article défini +les+ et l'article indéfini +des+".
Elle a considéré que condamner Eric Zemmour "ne porte pas une atteinte disproportionnée à la liberté d'expression" ni n'est "de nature à emporter un effet dissuasif pour l'exercice de cette liberté au cas présent, dès lors que, professionnel des médias, il s'est exprimé sur un sujet particulièrement sensible, de manière péremptoire et fausse, à une heure de grande écoute".